Ma première journée au sommet de Copenhague

Cela fait maintenant 24 heures que nous sommes arrivés et, je dois l'avouer, il n'est pas facile de grimper dans le train en marche des négociations! Quelle effervescence et quelle énergie dans la capitale danoise!

Il faut peu de temps, une fois arrivé dans la capitale danoise, pour se rendre compte que la ville toute entière vit au rythme de la COP15. De nombreuses affiches, expositions, manifestations vous rappellent en permanence qu'il est nécessaire de prendre des engagements forts à l'issue des négociations. Mais on voit un peu de tout aussi, à l'image de cette campagne de communication menée sur les selles de vélo par... Air France!


Première étape: le "Ship 15", bateau affrêté par le gouvernement danois et géré par Kuoni, sur lequel nous logeons pendant toute la durée de notre séjour. Un paquebot pouvant héberger jusqu'à 1400 personnes, et rempli actuellement de personnes venues pour la COP15. A l'intérieur, de nombreuses photos-nature couvrent les murs, ainsi que plusieurs kakémono d'entreprises venues ici pour valoriser leur savoir-faire en termes d'énergies renouvelables. Ici, on vient dormir (peu) et se détendre un peu le soir autour d'un verre.


Dès hier après midi je suis allée chercher mon accréditation, histoire de ne pas faire la queue ce matin. Etrangement, alors que mon accréditation presse m'a été confirmée par email la semaine dernière, on me donne une accréditation ONG. Impossible de négocier, même munie de preuves. Je pars donc me faire photographier - à chaque fois que vous entrez et que vous sortez du Bella Center, on flashe votre badge et votre trombine s'affiche sur les écrans des agents de sécurité. On sait exactement qui est in, et qui est out.


Etant donné mon droit d'entrée, je dois mettre une croix sur les conférences de presse en direct et l'information au plus proche des personalités clé. Dommage. Sans parler de la rumeur qui prédit que les entrées seront limitées pour les ONG la semaine prochaine, venue des chefs d'état oblige.

Mais à peine ai-je le temps de regretter cet état de fait, tant je suis contente d'entrer dans l'Antre des négociations, cette "ruche" comme l'appellent certains militants, cette "fourmilière" pour d'autres: tout y est en ébullition, il y a du monde dans les moindres recoins, on entend parler dans toutes les langues et... on ne sait où donner de la tête lorsque l'on débarque! Je décide donc de ne pas trop m'attarder pour cette première fois, il y a en plus une conférence donnée par Coordination Sud au Palais de Charlottenburg au sujet de la solidarité internationale. J'y file.

Cette conférence est l'occasion pour nous d'en savoir plus sur les positionnement d'ONG telles le Gret, le RAC France, le réseau climat & développement, le CRID, ou encore Accion (Chili) ou Tango (Tuvalu). Emele Duituturaga, du Tuvalu, insiste d'ailleurs sur le besoin de leaders engagés et d'un accord juridiquement contraignant à l'issue des négociations. En réalité, à l'écouter je m'interroge: si les dirigeants de nos pays développés étaient confrontés aux mêmes menaces que ces pays pauvres et vulnérables, n'auraient-ils pas les mêmes exigences? Pourquoi ne sommes nous pas plus solidaires lorsque certains pays meurent à petit feu? Doit-on laisser faire? Et même si nous avons un accord juridiquement contraignant, sera-t-il respecté lorsque l'on sait que l'aide au développement, qui en principe devrait représenter 0,7% du PIB dans nos pays riches, ne représente que 0,3% actuellement? L'aide qui doit être apportée aux pays en développement pour les aider à s'adapter aux effets du changement climatiques ne doit d'ailleurs être additionnelle à l'aide au développement, soulignent les ONG!

Enfin, la conférence est suivie d'une réception dans les salons de l'ambassadrice en France à Copenhague, Bérengère Quincy. L'occasion pour nous de croiser Brice Lalonde (notre ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique), quelques membres du ministère de Jean-Louis Borloo, Philippe Van de Maele (le président de l'ADEME), mais aussi Jean-Marc Jancovici et Yann Arthus-Bertrand. Nous échangeons avec quelques représentants d'ONG également. De quoi sentir que les positionnements diffèrent: certains estiment qu'un accord juridiquement contraignant ne pourra avoir lieu - l'envisager, même, ne permettrait pas d'obtenir d'accord... D'autres restent optimistes tout de même, cela est encore possible d'avoir des engagements ambitieux, chiffrés et soumis à des sanctions en cas de non respect... Voilà qui donne envie d'enquêter encore plus sur le sujet dès le lendemain donc!