
Des entreprises à valeur sociale ajoutée
Il est temps d'évaluer clairement la valeur créée par les entreprises sociales pour la société. Ashoka et ses partenaires préparent une méthode, inspirée notamment par le modèle anglo-saxon.
Evaluer la valeur ajoutée des "entreprises sociales" (quelle que soit leur forme juridique) hérésie dangereuse ou opportunité incontournable?
Comme souvent dans le domaine des activités à vocation sociale, environnementale ou humanitaire, le monde anglo-saxon montre la voie avec pragmatisme.
Ne s’embarrassant pas pour parler de "business" qu’il soit de "charity" ou "social", il a lancé depuis quelques années la méthode du SROI (social return on investment), qui permet de donner une valeur monétaire pour mesurer l’utilité sociale des organisations.
Une méthode plutôt efficace, que le secteur, notamment en France, a tout intérêt à adopter, même si elle a encore besoin de s’affiner, pour éviter en particulier la "dictature des chiffres".
Quels sont les avantages, pour une association ou une entreprise sociale, de mener une évaluation de sa valeur ajoutée sociétale?
En mettant en lumière les retombées concrètes de l’activité et l’efficacité des différentes actions, c’est d’abord une aide en interne, pour prendre des décisions mieux informées, se concentrer sur ce qui a le plus d’impact, ce qui concourt le mieux à la mission que s’est donnée l’organisation, investir utilement et adopter une gouvernance claire.
C’est ensuite une aide externe, pour communiquer de manière plus convaincante avec les financeurs (privés ou publics), d’autant que face aux restrictions budgétaires ceux-ci sont de plus en plus demandeurs de faits et de preuves.
Une entreprise sociale ne peut plus se contenter d’avoir une belle mission et de montrer que ses frais de fonctionnement sont faibles. Elle doit démontrer en quoi son action est vraiment utile à ses bénéficiaires, donc à l’ensemble de la société.
Les limites du SROI et ses évolutions nécessaires? Loin de faire partie des détracteurs de la méthode SROI, nous désirons pourtant faire évoluer cette méthode, car nous en voyons les limites.
A savoir que certaines retombées, très utiles socialement, ne sont pas quantifiables ou le sont très difficilement (comment "monétiser", par exemple, le fait d’avoir permis à des personnes de retrouver leur estime de soi?)
Quant aux indicateurs, ils ne sont pas toujours évidents et, choisis avec insuffisamment de discernement, ils risquent de ne pas refléter la vraie mission de l’organisation (quelques fois, c’est d’ailleurs la mission elle-même qui n’a pas été bien clarifiée ou explicitée). Par ailleurs, le SROI n’est pas une méthode labellisée.
Vers une méthode reconnue et partagée par l’ensemble du secteur. Si le SROI nous sert de base, la nouvelle méthode doit faire plus de place au qualitatif, comme nous venons de l’expérimenter avec des consultants spécialisés qui se sont penchés sur l’impact d’Ashoka sur les entrepreneurs sociaux que nous soutenons en France, Belgique et Suisse.
Pour être efficace et utile, cet effort impliquera aussi une adaptation à chacun des domaines de l’entrepreneuriat social - santé, insertion par l’activité économique, engagement citoyen, environnement, etc. – et se fondera sur différentes études de cas.
Nous prévoyons les premiers guides sectoriels pour l’automne prochain. Avec la Chaire Entrepreneuriat Social de l’ESSEC et Social E-valuator - organisation hollandaise proposant un outil d’évaluation SROI sur internet - et en embarquant d’autres partenaires si possible (pouvoirs publics, assurances…), Ashoka a l’ambition de mettre au point une méthode reconnue et partagée par l’ensemble du secteur.
Évaluer la valeur produite, l’efficacité et l’atteinte des objectifs peut, et doit, devenir un véritable tremplin pour toutes les entreprises sociales! Se posera alors une question épineuse: celle de la répartition de cette valeur…
Pourquoi ne pas imaginer de réinjecter une part des économies substantielles, ainsi générées pour l’ensemble de la société, dans les entreprises sociales elles-mêmes?
Cela allègerait leurs problèmes de financement, leur donnerait au passage les moyens de mieux rétribuer leurs équipes, de capitaliser sur leurs activités et … in fine de créer plus de valeur pour la société!












Un beau témoignage sur Amma
Isabelle